Dégoter son carnet parfait

Remplir des pages d’anecdotes de voyage, chercher la rime parfaite, croquer un visage à la terrasse d’un café, faire des pronostics de loto gagnant, griffonner son numéro pour une rencontre charmante. Le carnet est cet outil intime qui accompagne nos réflexions quotidiennes et regards sur le monde. Van Gogh, Victor Hugo, Picasso, Hemingway, Apollinaire et tant d’autres ont ouvert le bal des carnettistes. La technologie n’a pas remplacé le grattement d’un crayon sur le papier. Le cerveau émotionnel continue d’avoir besoin d’un support pour fluidifier la créativité.
En 2012, la marque Moleskine a vendu à elle seule 15 millions d’exemplaires de carnets dans le monde. Avec le scrapbooking et le bullet journaling, de nouvelles façons de tenir un carnet font leur entrée. Chacun cherche un carnet à glisser dans un sac ou à laisser sur sa table de nuit. Le bon carnet est avant tout celui qui correspond à nos pratiques et usages. Comment s’y retrouver ? Sur quels critères choisir son carnet ?
L’apparence et le prix auront bien sûr leur mot à dire. Certains préféreront un carnet broché quand d’autres seront séduits par les spirales. Plutôt 20 pages à renouveler régulièrement ou gros volume pour rassembler en un tome vos aventures ? Pages blanches, colorées, pointillées, lignées ou quadrillées ? D’autres facteurs pourront vous aider à vous décider : le poids, le format ou la variété de papier. Petit manuel à usage des aficionados du carnet.

Le papier sur la balance

Le grammage est au papier ce qu’il est à la pâtisserie : une affaire de précision. Le poids du papier se mesure en gramme au mètre carré. Plus le chiffre du grammage est faible, plus le papier sera léger. Ainsi, un papier de 80 grammes sera plus fin et plus fragile qu’un 120 grammes. En général, un papier fin ne résiste pas aux encres et peintures. Le choix du grammage du papier entrera donc en compte en fonction des usages que vous aurez de votre carnet.
La formule mathématique s’applique ainsi : surface x grammage = poids.
Un papier 80 grammes pèse 80 grammes pour 1 m2 de feuille. Pour un format A4 par exemple, on effectuera le calcul : 0,21m x 0,297 m x 80 g = 4,99g.
Pour les allergiques de la formule, rassurez-vous choisir un carnet n’est pas si compliqué. Optez pour un grammage cohérent avec vos besoins, demandez conseil ou touchez le papier pour vous rendre compte.

Le papier sur la balance

Nous ne vous livrerons pas ici la liste entière des formats utilisés dans le monde. Certains sont normés pour faciliter le massicotage, l’assemblage et le façonnage selon les normes ISO. Déterminez seulement si vous avez besoin d’un petit, minuscule, moyen, grand ou géant carnet. Les formats les plus classiques sont :

  • - Le format A4 : 21x29,7cm. C’est presque un format magazine.
  • - Le format A5 : 14,8x21cm. Un coup d’enfance pour ce format écolier très apprécié des adultes.
  • - Le format A6 : 10,5x14,8cm. Un cahier modèle réduit à mettre dans une poche ou dans un sac à main.

Pensez qu’un carnet n’est pas figé, vous pouvez le tourner pour un rendu qui vous ressemble plus ou pour casser les codes. Vous pourrez ainsi passer sur un format à l’italienne : une largeur plus longue que la hauteur pour vos dessins de paysage ou un aspect moins scolaire.

Laissez parler les petits papiers

Le papier se décline en variantes multiples. Il n’y a qu’à écouter la chanson de Gainsbourg reprise par Régine pour laisser parler les petits papiers. Leurs histoires sont fascinantes et leurs je vous parle d’un temps que les moins usages se plient à toutes les créations.

Le papier d’amate : Vous le trouverez rarement pour un support de carnet, c’est le papier des rituels aztèques. Fait de fibres végétales, ficus notamment, il servait de costumes aux prêtres des cultures d’Amérique centrale.

Le papier aquarelle : Comme son nom l’indique, il est tout destiné à la peinture aquarelle avec son épaisseur de 200g/m2. Il est blanc ou ivoire et présente une surface granuleuse. En coton, il est qualitatif, en fibres de canne à sucre ou de bambou il est plus facile à produire. Une fabrication artisanale sur tamis se pratique encore en Chine. On le travaille humide ou sec.

Le papier d’Arménie : c’est un papier que l’on utilise en combustion sans flamme. Son odeur de résine de benjoin parfume les intérieurs et chasse les mites des placards.

Le papier bouffant : Vous l’avez déjà eu entre les mains en tournant les pages d’un livre de poche. Il est léger et un peu râpeux au toucher.

Le papier bristol : Ceux qui ont bachoté se souviennent de ce papier cartonné souvent quadrillé.

Le papier buvard : ​ Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ou plus ne peuvent pas connaître. Ce papier servait à absorber les taches d’encre du porte-plume. Une erreur de dosage est à l’origine de sa création. Il sert aujourd’hui pour constituer des herbiers, pratiquer des analyses sanguines ou travailler dans une miellerie. Il est le dada des papibeverophiles qui collectionnent les buvards publicitaires. Dans certains milieux, un buvard peut désigner un papier imbibé d’une substance psychotrope type LSD, prudence donc.

Le papier calque : ​ ​ Il doit son aspect translucide à un bain rapide d’acide sulfurique. Il sert à dessiner ou reproduire par transparence à l’encre de Chine ou au crayon.

Le papier carbone : Bien connu des comptables et des épiceries d'antan qui pouvaient tenir des registres avec duplication grâce à une superposition de feuilles.

Le papier cartonné : On s’en sert sans s’en rendre compte : pochette de vinyle, couverture de livre, emballages, tickets de transport et cartes de visites. Il se prête bien au recouvrement à la gouache ou à la peinture acrylique. Quand il est couché, il a revêtement un peu glissant, plus pratique pour jouer à la belotte par exemple.

Le papier de chiffon​ ​ : C’est la technique de papier la plus ancienne de l’humanité. Il trouve ses racines en Chine et est fabriqué à partir d’une pâte faite de chutes de textiles.

Le papier de Chine : ​ On peut jouer les apprentis Rembrandt en utilisant ce papier un peu grisâtre fait à partir de plantes comme le chanvre, le roseau, le lin, le rotin ou le bambou.

Le papier à cigarette : Pour s’en rouler une. C’est un papier poids plume de 12 à 25 grammes fabriqué à partir d’arbustes tropicaux.

Le papier coréen : Longévité, résistance, douceur, toucher lisse, blancheur, bonne absorbance, résistance aux insectes et champignons il semble réunir toutes les qualités. Il est fabriqué à la main à partir de pâte de mûrier à papier. Il sert notamment à l’écriture et la peinture.

Le papier couché :​ Il s’agit d’un papier ou carton recouvert d’une ou plusieurs couche(s). On le retrouve pour la fabrication de catalogue de vente à distance, les éditions publicitaires, les emballages.

Le papier crépon : En souvenir de vos heures aux centres de loisir à faire des fleurs en papier. Il est fin et rugueux et existe en variété de couleurs.

Le papier à en tête : Avec lui on sait à qui on à faire, il présente nom, sigle, logo, coordonnées.

Le papier flash : Abracadabra le papier s’enflamme vite ou attire votre regard ailleurs. C’est l'outil préféré des magiciens et rois de la scène.

Le ganpi : Il scintille au-dessus des temples japonais en lanternes de papier.

Le papier glassine : Vous connaissez ce papier cristal, imperméable à l’eau, à l’air et au gras qui protègent les timbres de collectionneurs. Les photographes s’abstiendront de s’en servir pour stocker leurs images.

Le grand papier : C’est un papier de luxe aux marges imposantes.

Le papier joseph : On l’utilise pour emballer l’argenterie et pour absorber les liquides en chimie.

Le papier journal :​ C’est le roi de la presse quotidienne. Peu coûteux, il permet une fabrication importante et une impression en offset. Il traversera difficilement le temps, sa teinte deviendra jaunie. Il est bien utile pour les déménagements,les travaux de peinture et le démarrage d’un feu de cheminée.

Le papier kraft : Il enveloppe nos fruits et légumes, nos courses à l’épicerie bio, les matériaux de bâtiment et nos courriers. Il a un aspect brut dans les teintes marron. Sa traduction suédoise souligne sa résistance. Il est le champion des papiers écologiques car il est biodégradable, se recycle avec peu et n’utilise pas de solvants nocifs.

Le papier lentille : En nettoyant du centre au bord par petits cercles, il permet de mieux voir dans ses jumelles, son appareil photo ou son microscope.

Le papier mâché :​ Il a pris la grosse tête au carnaval. On le fabrique avec des bandelettes de papier journal et de la colle à papier peint pour fabriquer des formes en relief, solides et créatives.

Le papier marbré : Son aspect imite le marbre. Il est apprécié en reliure et calligraphie.

Le papier millimétré : ​ Son aspect quadrillé tous les millimètres rappelle quelques phobies scolaires. Il est pourtant bien pratique pour faire des graphiques et des relevés scientifiques.

Le papier non acide : Son PH est neutre pour conserver longtemps les documents. Il a pour but de faire traverser les connaissances et savoirs dans le temps.

Le papier bible :​ Il est mince, résistant au temps et léger, idéal pour imprimer des volumes de Bible, d’encyclopédie, de dictionnaires ou de livres religieux.

Le papier de pierre : On le retrouve au restaurant comme support de menu. La pâte du papier est faite de pierres concassées et de plastique.

Le papier gommé : L’une de ces faces est recouverte de gomme, quand on l’humecte il colle. C’est le cas des timbres à lécher, des enveloppes ou du papier à cigarette.

Le papier hollande : ​ Il ne porte pas le nom d’un ancien président de la République. C’est un papier de luxe, fort et vergé, dédié aux tirages limités.

Le papier Ingres : Le chouchou des dessinateurs au fusain et au pastel avec un grammage léger à moyen. En France, on le connaît sous le nom Canson.

Le papier thermique :​ Il fait son apparition dans les années 70’ pour les envois de fax. Il est le support de nos tickets de caisse, étiquettes, tickets de parking et billets d’entrée. Il s’efface vite, vient polluer un peu partout en s’envolant et sème du bisphénol A. Pas vraiment un champion de l'environnement.

Le papier timbré : ​ Il n’a pas toujours toute sa tête, il est vendu par les autorités pour prélever un impôt.

Le papier Xuan : Il nous vient de Chine et est inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Il est fait de paille de riz et de bois de santal. Il est aimé en peinture et calligraphie traditionnelles. On dit de lui qu’il dure 1 000 ans.

Le papier peint : Valérie Damidot l’a rendu célèbre et nécessaire à la décoration d’intérieur. C’est pourtant Marco Polo qui en parle le premier dans ses récits de Chine. Les artistes collagistes comme Le Corbusier, Max Ernst, Magritte, Dali et Andy Warhol lui vouent un véritable culte tant il permet de variations.

Le papier de riz : Enfin une boulette de papier que l’on peut manger pour faire disparaître les preuves, certains en effet sont comestibles. On l’utilise par exemple pour la fabrication d’abat-jour, il est non propice à l’écriture.

Le papier de soie : Il est fin et un peu brillant. Il valorise les paquets cadeaux et met à l’abris bijoux, confiseries et objets de valeur. Il sert en Chine pour la peinture, les estampes et la calligraphie.

Le papier sulfurisé : Les Canadiens l’appellent “papier tartine” tant il permet à nos tartes, bruschettas, quiches et pizzas de bien vivre leur séjour au four. Il est bien sûr résistant aux fortes températures.

Le papier toilette​ : Il était encore un objet de luxe avant la généralisation de son usage dans les années 60’. Notez qu’aux États-Unis, les premières versions étaient dotées d’échardes. Un inconfort dérisoire par rapport à l’usage des pierres dans certaines cultures anciennes.

Le torino kogami : On retrouve le soin des Japonais pour les jolies choses. Son aspect brillant sert à la calligraphie, aux estampes et à la peinture.

Le papier de tournesol : Il sert à déterminer le PH d’une solution. Le réparateur de votre machine à laver pourra s’en servir pour vérifier si vous pourrez bénéficier de la garantie de l’appareil ou non.

Le papier vélin :​ Son nom évoque les parchemins de luxe fait à partir de peau de veau mort-né, âme sensible s’abstenir. Il ne présente pas de grain, il est soyeux et lisse.

Le papier vergé : Le papier laisse apparaître de fines lignes parallèles. Il s’agit d’une technique de construction très ancienne.

Le papier de verre : Pour polir, un bois ou une pierre, on frotte ce papier abrasif. Il n’est pas utilisable pour l’écriture.

Le papier whatman : C’est un papier de luxe pour les estampes et les laboratoires scientifiques.

Et maintenant, sur quel carnet allez-vous jeter votre dévolu ? Nous vous souhaitons avec lui une belle histoire d’amour.

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